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Samuel Eto’o : Face aux grandes équipes, le Cameroun répond toujours.
06/02/2008, Source : Ndamba

Dans un entretien exclusif accordé quelques minutes après le quart de final épique de lundi dernier, Sam analyse le parcours des Lions indomptables jusqu’ici. Il livre sa pensée sur le fonctionnement de l’équipe nationale, son rôle et l’impact de son aura sur le reste du groupe.

Après un match titanesque comme celui que le Cameroun vient de livrer face à la Tunisie (3-2), comment vous sentez-vous ?
Fatigué [il le dit en s’étirant]. Fatigué mais content. On ne nous attendait pas à ce niveau de la compétition. On a déjà une équipe renouvelée je dirais à 60% ; certes avec des jeunes qui manquent un peu d’expérience. Dieu merci, nous avons bien joué jusqu’à présent. Nous avons mal commencé, mais nous avons su rectifier le tir.  Nous avons la possibilité de jouer la finale. Certes, nous avons notre carte à jouer face au Ghana. Nous savons que c’est une grande équipe et, en plus, elle joue chez elle. Les joueurs ghanéens ont plus de pression que nous. Nous essayerons de jouer notre carte.

Si Samuel Eto’o analysait les quatre matches livrés par le Cameroun jusqu’à présent et au cours desquels vous avez été inconstants…
Dans une compétition comme celle-là, il faut gagner, peu importe la manière. Et je me rappelle d’il y a deux ans, en Egypte, nous étions pratiquement la meilleure équipe. Au premier tour, nous avons gagné tous nos matches. Nous avons joué à un très grand niveau. Mais nous avons été sortis par une très bonne équipe de la Côte d’Ivoire aux tirs aux buts (11-10). Il y a six matches à jouer pour gagner une Can. Si tu joues les six matches, cela veut dire que tu as la possibilité, lors du sixième match, de gagner la Can. Maintenant, il faut faire les calculs. Nous avons peut-être perdu face à l’Egypte ; pas parce que nous avons fait une mauvaise première période. Mais, en deuxième mi-temps, nous nous sommes ressaisis. Puis, contre la Zambie, nous avons fait un très bon match à l’issue duquel nous avons gagné 5 buts à 1. Enfin, contre le Soudan, nous avons encore gagné. Ce soir [lundi, 4 février 2008], nous avons très bien commencé. Après, nous avons un peu baissé physiquement. Nous nous sommes alors faits rattraper au score. Mais à la fin, nous gagnons. Là, nous avons la possibilité de jouer la finale de la Can. L’idée que je voudrais qu’on retienne de notre parcours, jusqu’à présent, c’est qu’il faut gagne pour avancer.

Est-ce qu’il vous ait arrivé, au sein de l’équipe, de douter à un moment de vous ?
Non. Tu ne peux pas douter quand tu es dans une compétition. [Sourire]. Le football change tellement rapidement que tu n’as jamais le temps de réfléchir après un match.  Il faut regarder devant soit et se dire que : « le prochain match, je pourrais faire mieux ».  C’est ce que nous avons encore démontré ce soir : on avait mal commencé. Mais, nous avons battu la Zambie, le Soudan et la Tunisie. Là, nous avons l’opportunité de gagner face au Ghana. Même si nous savons que c’est une grande équipe. Et puis, lors d’un match, tout peut arriver.
D’ailleurs, je disais à un copain que la Côte d’Ivoire, jusqu’à présent, est la meilleure équipe du tournoi. Mais voyez-vous, lors d’un match, tout peut se passer. Vous pouvez être meilleur. Mais, pendant un moment, perdre la concentration et se faire surprendre. C’est aussi cela la compétition. Il n’est pas forcément dit que parce que vous êtes le meilleur, vous allez gagner. Maintenant, nous savons que le match contre le Ghana sera difficile. Nous jouerons contre tout un peuple. Mais le lion reste le lion.

Qu’est-ce qui fait, d’après vous, la force de la sélection camerounaise en ce moment ?
Je pense que notre capacité à surmonter les difficultés. Voyez-vous, les Camerounais sont particuliers. Ils ont toujours la solution à tout. En Afrique, nous sommes différents des autres. Nous sommes, permettez-moi l’expression, une espèce rare. On dirait que le Camerounais aime la difficulté. C’est ce caractère commun à nous tous qui fait toujours la différence. Parlant toujours de cet ami dont je ne citerais pas le nom, je lui disais : «Vois-tu, le Cameroun, c’est la seule équipe qui peut battre n’importe quelle équipe lors d’un match ». Quand le Cameroun rentre sur l’air de jeu, nous sommes capables du meilleur comme du pire. Mais face aux grandes équipes, le Cameroun répond toujours.

Vous êtes un leader au sein des Lions indomptables. Considérez-vous cela comme une grande charge ou un honneur ? Comment assumez-vous cela ?
C’est une responsabilité. C’est un honneur d’être leader dans cette équipe. On a la chance d’avoir de jeunes joueurs et de côtoyer encore des anciens comme Rigobert. Des copains comme Gérémi. J’ai aussi la chance de jouer avec des jeunes comme Alexandre Song, Stéphane Mbia, Landry Nguemo. Des jeunes qui auront certainement la lourde charge de diriger cette équipe demain.    Et, j’espère, pour moi, dire dans quelques années, que j’ai eu la chance de jouer avec ces jeunes. Je suis convaincu qu’ils feront le bonheur du football camerounais. 

Fort de votre aura, les autres vos coéquipiers vous reprochent d’avoir une grande influence dans le choix des décisions. Partagez-vous cet avis là ?
C’est mon devoir ! Voyez-vous, quand vous avez des responsabilités, il faut les assumer.  Je me rappelle, après le match Cameroun-Egypte [du 8 octobre 2005] à Yaoundé (1-1), la plupart de mes compatriotes m’avaient demandé pourquoi je n’avais pas tiré le penalty. Pour eux, j’aurais dû le faire parce que je suis peut-être le joueur le plus important. C’est ce qu’ils disent. Mais pour moi, à cet instant là, je pensais que le meilleur tireur c’était Pierre [Wome Nlend]. C’est pourquoi  je lui ais demandé de tirer le penalty. Maintenant, il faut bien que je prenne mes responsabilités.
Je n’ai pas de partie pris dans cette équipe nationale. J’ai mon mot à dire. Je regarde ce dont le groupe a besoin. Et, en fonction de cela, je donne mon opinion. J’ai gagné cela. Ce n’est pas quelque chose que l’on donne. Et, jusqu’à présent, j’essai de garder cette discipline que, souvent, nous n’avons pas eu dans le groupe. Seulement, tous les joueurs ne peuvent pas être contents. S’ils l’étaient tous, ils n’auraient pas leur place dans cette équipe. Je préfère un mec qui n’est pas content parce qu’il ne joue pas. Qu’un mec qui est content quand il ne joue pas. Et, à partir de là, si un copain n’est pas content, on ne peut pas changer cela. Il doit continuer à travailler pour gagner sa place. Quant à moi, je n’assume que mes responsabilités. Et je ne fais rien d’autre de plus. Le sélectionneur c’est le sélectionneur. Eto’o c’est Eto’o. Après Rigobert, je crois quand même que je suis le joueur qui a plus de matches ici [en sélection nationale]. Et au niveau de l’Europe, je crois qu’avec Gérémi, nous sommes les deux joueurs qui avons disputé le plus de matches. Ce qui veut dire que nous avons plus d’expérience. Je crois que les jeunes coéquipiers qui arrivent doivent l’accepter.
Il n’y a que dans notre pays où il y a des polémiques quand untel dit ceci ou cela.  J’ai vu le match de l’Egypte aujourd’hui [contre l’Angola : 2-1]. Il y a un joueur égyptien qui, quand il est rentré sur l’aire de jeu, le gardien de buts lui a remis le brassard. Mais chez nous, on ne l’accepte pas parce qu’il y a des petits fans clubs. Mais on s’en fou ! Ici, c’est l’équipe nationale. Ce n’est pas la maison de quelqu’un. C’est la maison de tout le monde. Quand on prend des bonnes décisions, c’est pour que çà marche. Quand on gagne, comme ce soir, je suis surpris de voir beaucoup de monde dans nos vestiaires.  Quand nous avions perdu face à l’Egypte, nous nous étions retrouvés tous seuls. Là, j’ai joué mon rôle quand il a fallu remonter les gars pour leur dire que nous sommes là pour aller le plus loin possible en compétition. Donc, vous allez comprendre que je ne suis pas là pour faire des cadeaux à qui que ce soit. J’aime bien m’amuser. Je suis jeune comme eux. Nous avons tous les mêmes problèmes. Mais je dois prendre mes responsabilités. C’est ce que les Camerounais voulaient, et c’est ce que je fais.

Depuis le début de la Can, vous avez été très sollicité pour des événements pas toujours en relation avec la compétition. Est-ce que cela n’a pas un impact sur votre rendement ?
Du tout. J’ai été sollicité mais j’ai parlé combien de fois?  Au fil des années, on sait ce dont on a besoin et ce que l’on doit mettre de côté. Je crois que c’est la première fois que j’accorde un entretien comme cela. Je n’ai pas parlé jusque-là. J’ai essayé de m’éloigner de tout cela. Et en plus, vous savez que je suis diminué parce que je sors d’une blessure. Cela fait longtemps que je n’avais pas joué. Donc j’ai encore plus besoin de me reposer. Et là, le coach (rire) me faire jouer pratiquement touts les minutes. Donc, à chaque fois, je suis mort parce que physiquement, je ne suis pas à 100% comme la plupart de mes coéquipiers. Bon, petit à petit, je grandis avec le groupe et puis on avance.

Samuel Eto’o, vous êtes l’un des joueurs de la sélection nationale à qui l’on ne refuse rien ou presque. A qui l’on passe ses «caprices». Est-ce que cela ne vous donne pas l’impression d’être au dessus des autres ?
Je n’ai pas de caprices. Je ne comprends pas comment les gens voient l’équipe nationale du Cameroun. Quand nous sommes en club, je pars de chez moi pour allez faire un match. Jamais, on ne nous met à l’hôtel. Sauf quand nous jouions à l’extérieur. Mais, au Cameroun, tout est bizarre. Seulement, il y a un règlement intérieur en équipe nationale que tous, nous devons respecter. Parfois, les gens se disent : « ah non, parce que c’est Eto’o, il a le droit de faire ceci ». Je vais vous dire une chose : j’ai demandé une permission (et çà il faut que les gens le sachent) pour arriver plus tard pour le bien de l’équipe. Parce que, voyez-vous, en deux ans, j’ai dix sept matches. Et avant la Can, j’avais fais trois matches.
J’avais la possibilité de jouer deux matches avec mon club. Alors, j’ai eu à discuter avec le sélectionneur et le ministre. Les médecins du Barça ont expliqué (il n’y a pas la magie. Il n’y a que dans notre pays où c’est la magie qui fait tout) que : «Samuel a besoin  de temps de jeu. Acceptez qu’il reste, parce qu’il doit jouer. Et, comme cela, il gagnera quelque chose ». Et je suis resté. Ce n’est pas parce que je suis Eto’o. C’est çà le football. J’ai vu des entraîneurs qui ne comprennent rien et des nationaux tirer sur moi.
Un joueur qui est blessé, un enfant d’Afrique, le plus important pour une compétition comme celle-ci c’est que toutes les stars africaines arrivent et que nous jouions à un bon niveau pour que le football africain aille encore de l’avant. Donc, je suis resté tout simplement parce que Eto’o sortait de blessure, il n’avait que trois matches dans les jambes et, il avait besoin de temps de jeu. Ce ne sont pas des caprices [Il insiste là-dessus]. Je n’en ai même pas. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je suis toujours au service de mon pays.
J’aime tellement mon pays que, parfois, je me plie en 22 pour rendre service à mon pays. Vous n’avez qu’à voir dans quel hôtel nous sommes logés [à Tamale]. Nous sommes là. On joue au damier. On s’amuse comme on peut. On perd le temps. Après l’entraînement, on s’ennui parce que qu’il n’y a que deux ou trois chaînes de télé. Vous êtes là, dans votre chambre. Il faut vraiment que les polémiques, les caprices et autres cessent car cela n’existe pas en équipe nationale. Maintenant, si le coach décide qu’il y a une soirée de libre, on est libre tous. S’il a dit «une heure du matin», c’est une heure de matin pour tout le monde.

Les jeunes disent que le coach vous consulte chaque fois qu’il doit prendre une décision ?
Je sais, moi aussi j’étais dans cette situation quand je suis arrivé en équipe nationale où il y a avait des grands frères : le feu marc Vivien Foé, paix à son âme, Patrick Mboma. Quand tu es jeune, tu te dis toujours que «si le coach  va toujours vers telle personne, c’est parce qu’il a… ». Non, c’est un truc qu’on gagne. On n’arrive pas en équipe nationale et on se dit moi, je suis un tel. Le coach, s’il a ses doutes, a les doyens avec qui il cause. Dans toutes les équipes c’est comme cela. En ce qui me concerne, au Barça, il y a parfois Frank Rijkaard me dit ; « à tel niveau, comment tu vois ? » Ce n’est pas moi qui prends les décisions à sa place. Il a ses responsabilités. Mais il se dit, «dans mon groupe, j’ai Ronnie [Ronaldinho], Eto’o, Puyol, Deco… ». On discute. C’est un échange. Mais, dans notre pays, il faut que les gens comprennent que c’est normal qu’un entraîneur demande l’avis des leaders. Et que, pour que cela fonctionne bien, il faut qu’il y ait des leaders. Vous vous imaginez que si nous n’avons que des jeunes ici, Stéphane Mbia, Landry Nguemo… ils vont s’entretuer. Pour qu’il y ait le respect quelque part, il faut qu’il y ait les grands frères. J’ai pris Carlos [Kameni] en 2000 quand nous allions aux Jeux olympiques. Aujourd’hui, c’est un doyen. Il y a des jeunes qui, parce que nous sommes âgés, préfèrent discuter avec Carlos. C’est comme cela partout. Mais, le plus important c’est que nous restons en groupe, que nous nous respectons, que nous ayons la joie de vivre ensemble et, surtout, de défendre notre pays sans qu’il n’y ait de jalousie. Il y aura toujours des mécontents. C’est comme cela. 

Jouez-vous avec pour objectif un titre individuel ?
Le plus important c’est que Dieu m’a donné la possibilité de jouer une demi-finale. Et en jouant une demi-finale, j’ai l’opportunité, du moins je peux rêver gagner, pour la troisième foi la Coupe d’Afrique des nations. Peut de joueurs peuvent se retrouver dans cette situation. A 26 ans, si Dieu m’accorde de gagner une autre Coupe d’Afrique des nations… On compte les joueurs qui auront eu cette chance là dans leur carrière. Et c’est çà le plus important. Maintenant, pour les titres individuels, si l’équipe fonctionne bien, il y a toujours des récompenses. Quand on parle souvent de titre individuel, ce n’est pas parce que celui qui l’a eu est certainement le meilleur. Vous pouvez faire la différence à un moment donné, mais c’est l’équipe qui gagne le match. Les récompenses individuelles arrivent ensuite. Mais ce n’est pas ma préoccupation.



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